De la peinture sur toile... à la "toile" en 3 dimensions

L'Erotisme dans la peinture de Claude Chaize

Texte de Michel Fournier

Pour saisir le transfert, via l'oeuvre d'art, l'échange de regards, par toile interposée, du peintre-créateur au spectateur-voyeur, il faut admettre que ce dernier, troublé instinctivement par l'image qui lui est proposée, ne peut refréner complètement sa propre projection fantasmatique de la réalité. Cette stimulation compromettante s'étant glissée sous l'oeil du spectateur, excitation virtuelle et provocation réelle fusionnent en se superposant. De cette interférence dépend la connivence entre l'artiste et son public.
Chez Claude Chaize, le domaine des formes, d'abord anatomique, est l'objet d'évidences brutes, quasi photographiques, qui n'excluent pas le mystère. Des faits d'ordre intime entrevus, entendus ou ressentis, piègent étrangement son hyper-réalité.
L'art du peintre aidant, on songe à quelque décalage, une autre apparence beaucoup moins accessible, ébauchant tout un cérémonial.
Les détails isolés du corps - la courbe, replis et creux - ne s'imposent plus seulement comme lieux morphologiques, le choix concerté d'une exploration anatomique entraîne une fixation obsessionnelle que nous ne pouvons ignorer et nous renvoie à notre pesanteur et à notre impuissance : ce que nous ne pouvons charnellement saisir, tout juste appréhender. A force d'inquisition, la précision devient dissécatoire, abstraite, sinon absurde,et la vérité organique du sujet saisit dans les moments d'un geste ou la subjectivité d'une expression, se métamorphose en arcane arachnéenne.
Les résilles, les gazes et les mousselines ne dissimulent pas pour suggérer d'avantage, elles tissent d'autres faisceaux qui vrillent notre perception et nous captivent.
Le spectateur accepte ou non ces rêves interanatomiques, ces résonances conçues comme une énigme à caractère sexuel et révélées comme telle.
L'érotisme, dans la peinture de Claude Chaize, est une pratique de la fêlure topologique, césure envisagée comme échappatoire au premier aspect, vertige épidermique d'une apparence trompeuse. Le sujet porté à son paroxysme quitte l'espace limité de son relief pour tendre à l'informel et à l'ambivalence, retrouver la souveraineté illimitée de l'imaginaire. Et ce nouveau transfert s'effectue dans un viol intentionnel, puisqu'il y a effraction physique, abus de conscience et “petite mort“ suggérée par passage à l'acte exhibitionniste. Ce glissement dans l'infini nocturne du spectateur est précisément “ce regard vu d'ailleurs“, ce mateurmaté à la serrure d'une boite de pandore fantasmatique.
Rien n'est plus éloigné de Claude Chaize qu'un érotisme d'agrément où la mort comme corollaire inévitable, serait détournée,sinon rejetée au rang des accessoires.
L'inéluctable aboutissement chez l'artiste, est non seulement affronté, mais encore implicitement surexposé au modèle qui s'y joue au risque de s'y perdre.


Immaculée conception
1991 - Huile sur toile 65 x 54


La nasse - 1992
Huile sur carton entoilé
46 x 33

L'érotisme est si présent dans la peinture de Claude Chaize, que vous en trouverez de nombreux autres exemples à travers les décennies, mais parlons plutôt de sensualité.

Les années